Terrain et multisite
Vous ne pouvez rien imposer à votre réseau. C'est la seule contrainte qui compte.
Un agent commercial, un revendeur, un distributeur ne sont pas vos salariés. Aucune consigne interne ne s'applique. La seule chose qui produit une remontée durable est que l'outil leur serve à eux d'abord.
Mis à jour le 9 août 20269 minutes de lecture
Ce qui change quand la personne n'est pas salariée
Avec une équipe interne, une remontée mal faite est un sujet de management. On peut en parler en réunion, l'inscrire dans les objectifs, la rappeler.
Avec un réseau indépendant, ce levier n'existe pas. Une clause de reporting figure parfois au contrat ; elle est rarement invoquée, parce que personne ne veut se fâcher avec un revendeur qui vend bien pour un tableau de bord.
La conséquence est brutale et elle est saine : votre outil est en concurrence avec le fait de ne rien faire, et il doit gagner cette comparaison tout seul, chaque jour, sur son seul mérite.
C'est une contrainte inconfortable. C'est aussi le meilleur test de qualité qu'un outil puisse subir, et beaucoup d'outils internes ne le passeraient pas.
L'erreur qui condamne le projet dès le cadrage
Elle consiste à construire un outil de contrôle et à l'appeler un outil de suivi.
Les signes ne trompent pas : on veut savoir combien de visites par jour, à quelle heure, où, combien de temps. On veut un classement des vendeurs. On veut détecter ceux qui travaillent moins.
Un réseau indépendant identifie cette intention immédiatement, et il a raison de l'identifier, parce qu'elle est réelle. Les réactions sont connues : saisie minimale et tardive, chiffres arrondis, remontées faites en une fois le dimanche soir. Vous obtenez alors le pire résultat possible, une donnée fausse qui a l'air d'une donnée.
Il n'est pas illégitime de vouloir piloter son réseau. Ce qui ne fonctionne pas, c'est de le faire au moyen d'un outil que le réseau doit alimenter volontairement.
Ce qu'un vendeur indépendant veut réellement
La liste est courte, et elle est la même dans presque tous les réseaux. Aucun de ces points ne concerne le pilotage : ce sont des irritants quotidiens, et c'est exactement pour cela qu'ils achètent l'adoption.
- Savoir ce qu'il va toucher, et quand. Une commission calculée, visible, et qui se recoupe avec ce qu'il reçoit.
- Connaître le stock et les délais réels avant de s'engager devant un client, sans appeler le siège et sans attendre le rappel.
- Retrouver l'historique d'un client avant d'y entrer : ce qu'il a acheté, ce qu'il a réclamé, ce qu'on lui a promis.
- Produire un devis ou un bon propre en deux minutes, devant le client, plutôt que le soir.
- Ne pas avoir à redemander une information qu'il a déjà transmise une fois.
Un outil qui règle trois de ces cinq points est ouvert tous les jours, sans aucune consigne. Et un outil ouvert tous les jours remonte de l'information en continu, parce que la donnée du siège devient un sous-produit de l'usage du vendeur.
C'est le renversement complet du raisonnement habituel : on n'obtient pas la remontée en la demandant, on l'obtient en rendant un service qui la produit.
Mesurer l'état commercial, pas l'activité des personnes
Une fois l'outil adopté, reste à décider ce qu'on regarde. C'est une décision de fond, pas un choix d'indicateurs.
Mesurer l'activité des personnes est intrusif, contesté, et facile à fausser. Mesurer l'état de la relation commerciale est accepté, utile, et beaucoup plus difficile à maquiller, parce que ces faits ont des conséquences visibles ailleurs.
Concrètement : les commandes passées, les ruptures rencontrées, les réclamations, les retours, les clients qui n'ont rien commandé depuis un certain temps, les écarts entre ce qui a été promis et ce qui a été livré. Ce sont des faits sur le commerce, pas des jugements sur les gens.
Un dirigeant qui pilote sur ces éléments obtient une image plus juste que celui qui compte les visites, et il l'obtient sans abîmer la relation dont dépend tout son chiffre.
La remontée absente est elle-même une information
C'est le point que presque personne n'exploite, et il est précieux.
Un vendeur qui cesse progressivement de saisir cesse très souvent, dans le même mouvement, de vendre. Le désengagement se voit dans l'outil avant de se voir dans le chiffre d'affaires, parce que le chiffre d'affaires du mois est toujours porté par des commandes déjà engagées.
Encore faut-il que le système distingue « ce vendeur n'a rien vendu » de « ce vendeur ne remonte plus rien ». Ces deux situations demandent deux appels très différents, et un système qui les confond en affichant zéro dans les deux cas vous prive de plusieurs semaines d'avance.
La règle est la même que partout ailleurs dans un système opérationnel honnête : une absence de donnée doit s'afficher comme une absence, jamais comme une valeur nulle.
Les règles commerciales doivent vivre dans le système
Un réseau, ce sont des conditions particulières : des tarifs par vendeur ou par zone, des paliers de remise, des exclusivités, des commissions qui varient selon le produit ou le volume.
Tant que ces règles vivent dans des courriels et dans la tête de deux personnes au siège, deux choses se produisent. Le vendeur ne peut pas s'engager seul devant son client, donc il appelle, donc il perd du temps et vous aussi. Et le calcul des commissions se fait à la main, donc il est contesté, donc quelqu'un passe une semaine par mois à le justifier.
Écrire ces règles dans le système règle les deux d'un coup. Et cela révèle presque toujours, au passage, que certaines règles se contredisent : c'est désagréable à découvrir et infiniment moins coûteux à ce moment-là qu'au moment d'un litige.
Question à trancher par écrit dès le départ, avec votre conseil : qui détient quelles données, notamment celles des clients finaux apportés par le vendeur, et ce qu'il advient de ces données à la fin de la relation. Elle est simple à régler avant, et très difficile après.
Ce que nous construisons dans ce cas
Une couche qui sert le vendeur en premier : ses conditions, son stock, ses clients, ses commissions, utilisable en déplacement et sans réseau permanent.
Et, du côté du siège, l'état de tout le réseau réuni, avec les remontées manquantes signalées comme telles et chaque chiffre que l'on peut remonter jusqu'à son origine.
Le suivi du réseau terrain fait partie du périmètre de la réalisation que nous présentons sur ce site, construite dans le contexte d'une entreprise du cercle familial et non pour un client tiers indépendant. Nous le précisons systématiquement, parce qu'une preuve dont on cache la nature n'est pas une preuve.