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Terrain et multisite

Sous-sol, entrepôt, zone blanche : l'application qui marchait au bureau.

« Ça fonctionne hors connexion » n'est pas une réponse. C'est une famille de trois comportements très différents, dont un seul est simple à construire. Voici comment savoir lequel on vous vend.

Mis à jour le 9 août 20268 minutes de lecture

Le scénario, à chaque fois le même

La démonstration se passe très bien. Elle a lieu dans une salle de réunion, sur un réseau d'entreprise, avec un jeu de données préparé.

L'usage réel a lieu dans un sous-sol d'immeuble, un entrepôt en tôle, un parking souterrain, une zone rurale, un camion en mouvement, ou simplement dans un bâtiment dont les murs coupent le signal. La personne ouvre l'application, l'écran tourne, et elle range son téléphone.

À partir de là, tout le monde revient au papier et à la messagerie, et le projet est mort sans que personne ne l'ait annoncé.

Les trois régimes, qui n'ont pas le même prix

Quand un prestataire répond « oui, ça marche hors connexion », il parle de l'un de ces trois régimes. Faites-lui préciser lequel.

  1. **Consultation hors ligne.** L'application garde une copie des données pour les afficher sans réseau. Rien n'est modifié. C'est simple à construire et cela couvre déjà une bonne part des besoins réels.
  2. **Saisie hors ligne avec envoi différé.** La personne crée de nouvelles choses sans réseau : une visite, une photo, un relevé. Elles partent quand la connexion revient. Modérément complexe, parce qu'un ajout n'entre en conflit avec rien.
  3. **Modification concurrente hors ligne.** Deux personnes modifient la même chose, chacune sans réseau, et les deux versions reviennent. Il faut alors décider laquelle gagne, ou refuser les deux. C'est ici que résident le coût et les mauvaises surprises.

La différence de coût entre le premier et le troisième régime n'est pas de vingt pour cent. Ce sont des travaux de nature différente.

Et la bonne nouvelle est que le troisième est rarement nécessaire partout. Il l'est sur les objets partagés : un stock, une disponibilité, une réservation, une remise exceptionnelle. Il ne l'est pas sur ce qui n'appartient qu'à une personne : sa propre visite, sa propre photo, son propre relevé.

La bonne question n'est pas celle qu'on pose

« Est-ce que ça marche hors connexion ? » appelle un oui, et ce oui ne vous protège de rien.

La question utile est : qu'est-ce qui doit fonctionner hors connexion, et qu'est-ce qui doit être refusé ? Refuser est une réponse parfaitement acceptable, à condition qu'elle soit affichée clairement plutôt que subie.

Un exemple qui rend la chose concrète. Consulter la fiche d'un client et enregistrer une visite : hors connexion, sans discussion. Accorder une remise exceptionnelle qui engage l'entreprise, ou réserver la dernière pièce d'un stock : cela demande de savoir où en sont les autres, donc le réseau. L'écran doit le dire, et proposer d'enregistrer la demande pour plus tard.

Une application qui interdit proprement vaut mieux qu'une application qui accepte tout et arbitre au hasard trois heures après.

Ce que l'utilisateur doit voir en permanence

C'est le point le plus négligé, et celui qui décide de l'adoption.

Une personne qui saisit sans réseau ne sait pas si son travail est enregistré ou perdu. Si l'application ne le lui dit pas, elle prendra une photo de son écran par précaution, ou elle refera la saisie le soir : vous avez recréé la double saisie que vous vouliez supprimer.

  1. Un indicateur permanent de ce qui attend d'être envoyé, avec un nombre.
  2. La confirmation explicite que l'envoi a réussi, et non l'absence de message d'erreur.
  3. Ce qui a été refusé, pourquoi, et ce que la personne doit faire à la place.
  4. Un avertissement si des éléments attendent depuis trop longtemps, avant que la personne ne change de téléphone.

Le dernier point n'est pas théorique. Un téléphone remplacé, une application désinstallée, un compte réinitialisé : des saisies qui n'étaient jamais parties disparaissent, et personne ne l'apprend, parce qu'une donnée qui n'est jamais arrivée ne manque à personne.

Le test à faire avant de signer

Il dure trois minutes et il ne demande aucune compétence technique.

Pendant la démonstration, demandez à activer le mode avion sur le téléphone. Puis faites, dans cet ordre : consulter une fiche, créer une saisie, la valider, fermer complètement l'application, la rouvrir, et enfin réactiver le réseau.

Ce que vous observez à chaque étape vous dit tout. La fiche s'affiche-t-elle encore ? La saisie est-elle acceptée ? Survit-elle à la fermeture de l'application ? Part-elle toute seule au retour du réseau, ou faut-il une action ? Et l'écran vous a-t-il tenu informé du statut à chaque instant ?

Un refus de faire ce test est une réponse. Il ne signifie pas nécessairement que l'application ne fonctionne pas ; il signifie que personne ne l'a vérifié, ce qui revient au même pour vous.

Le même test vaut pour une application que vous possédez déjà. Il coûte trois minutes et il explique souvent un abandon qu'on attribuait à la mauvaise volonté des équipes.

Ce que le hors connexion ne réglera pas

Une précision utile, parce qu'elle évite de mettre de l'argent au mauvais endroit.

Le hors connexion supprime un obstacle. Il ne crée pas l'envie de saisir. Si l'application demande une saisie qui ne sert qu'au siège, elle sera abandonnée avec ou sans réseau, un peu plus tard.

L'ordre des priorités est donc : d'abord vérifier que la saisie rend service à celui qui la fait, ensuite seulement s'assurer qu'elle est possible partout. L'inverse produit un outil techniquement irréprochable que personne n'ouvre.